L’Observatoire de la Dépense Publique (ODEP) a vivement critiqué la conduite du procès de l’ancien président Joseph Kabila, qu’il qualifie de « nouvelle occasion historique manquée » pour rompre avec la culture d’impunité qui mine la République démocratique du Congo depuis son indépendance.
Sans se prononcer sur la culpabilité ou l’innocence de l’ex-chef de l’État, l’ODEP estime que la justice congolaise a réduit ce procès à un simple débat autour de la nationalité de Kabila, en écartant les crimes documentés, tant financiers que politiques, qui auraient dû servir de base à un dossier solide et exemplaire.
•Un procès détourné et entaché d’irrégularités
Selon l’ODEP, l’affaire a été marquée par des irrégularités juridiques notables. Alors que la loi prévoit que seul le Parlement peut autoriser des poursuites contre un ancien président, c’est le Sénat qui s’est arrogé ce pouvoir, en violation des textes. L’organisation déplore que ce procès, au lieu de s’appuyer sur des faits graves et avérés, ait été vidé de son contenu et réduit à une formalité politique.
•Congo Hold-Up : un scandale écarté du procès
L’ODEP regrette également que le dossier Congo Hold-Up n’ait pas été examiné. Cette enquête internationale avait révélé un vaste système de prédation financière autour de la BGFI Bank RDC. Entre 2013 et 2018, plus de 138 millions USD auraient été siphonnés via la société Sud Oil, qualifiée de « caisse noire du clan présidentiel ». Des fonds publics de la Banque centrale et d’autres institutions auraient été transférés à l’étranger via des circuits offshore, échappant à tout contrôle.
« Comment juger un ancien président sans examiner les crimes financiers les plus documentés et emblématiques de son régime ? », s’interroge l’ODEP.
•Crimes humains et politiques passés sous silence
Au-delà des affaires économiques, le procès n’a pas non plus abordé des crimes humains majeurs, tels que l’assassinat de Floribert Chebeya, figure emblématique de la société civile, les répressions violentes contre les mouvements citoyens ou encore les exécutions extrajudiciaires sous le régime Kabila.
Pour l’ODEP, en écartant ces éléments, la justice congolaise a manqué l’occasion d’établir une jurisprudence historique.
•Une continuité de l’impunité depuis l’indépendance
Le communiqué rappelle que depuis Joseph Kasa-Vubu jusqu’à Joseph Kabila, en passant par Mobutu et Laurent-Désiré Kabila, le pays a connu une succession de crimes politiques, économiques et humains restés sans véritable sanction. Cette continuité, qualifiée de « cercle vicieux de l’impunité », empêche la consolidation d’un véritable État de droit.
•Les recommandations de l’ODEP
Pour briser ce cycle, l’ODEP propose notamment l’institutionnalisation d’un audit post-mandat présidentiel, conduit par des experts indépendants avec l’appui du FMI, de l’Union africaine et de l’ONU. Un tel mécanisme permettrait de rendre chaque ancien chef d’État redevable devant la Nation, et d’instaurer une mémoire institutionnelle contre les abus passés.
Louis tshikonde

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