La ville de Butembo, dans le Nord-Kivu, a été le théâtre d’une importante mobilisation citoyenne ce vendredi 14 novembre 2025. Plusieurs centaines d’habitants, majoritairement des étudiants de l’Institut Supérieur des Techniques Médicales (ISTM), ont battu le pavé pour rendre hommage à Rosette, jeune étudiante tuée lors d’un incident tragique survenu au marché de MTB-Musimba.
Selon des sources locales, Rosette aurait été atteinte mortellement lors d’un échange violent entre différents éléments Wazalendo se disputant la perception de taxes dans ce marché très fréquenté. Ce nouvel épisode a ravivé les inquiétudes autour de la présence et du comportement de certains groupes armés dits d’autodéfense opérant dans cette partie du Grand Nord.
Une marche marquée par des chants de colère et des revendications claires
Encadrés par les organisations étudiantes et des acteurs locaux de la société civile, les manifestants ont traversé plusieurs artères de la ville en scandant des chants critiques envers les VDP Wazalendo. Les slogans appelaient à la justice pour Rosette, mais aussi à la protection des civils pris de plus en plus au piège entre groupes armés, forces régulières et insécurité persistante.
« La marche d’aujourd’hui était avant tout un cri de cœur, un appel à l’humanité », confie un étudiant rencontré dans le cortège. « Rosette n’était pas armée, elle n’était mêlée à rien. Sa mort doit être le dernier signal pour que les autorités réagissent enfin ».
La société civile condamne un « acte barbare »
Pour Anelka mwanya activiste, acteur engagé de la société civile, la mort de Rosette révèle une fois de plus les dérives de certains éléments Wazalendo.
« Nous condamnons fermement cet acte barbare commis par ceux qui prétendent sécuriser la population », a-t-il déclaré. « Nous exigeons l’ouverture d’une enquête totalement indépendante afin d’établir les responsabilités et que l’auteur du crime réponde de ses actes. Ce n’est pas la première fois que des abus sont signalés dans cette entité. »
Il plaide également pour la délocalisation immédiate des groupes armés opérant dans la zone de MTB-Musimba, estimant que leur présence « ne fait qu’alimenter la confusion, l’insécurité et la méfiance au sein de la population ».
Silence des autorités provinciales et des responsables Wazalendo
À l’heure actuelle, ni les autorités provinciales du Nord-Kivu ni les responsables des groupes Wazalendo n’ont officiellement réagi à ce meurtre, malgré la forte pression sociale.
Ce silence entretient le climat de frustration, alors que les organisations citoyennes affirment avoir multiplié les alertes depuis plusieurs mois concernant des cas d’intimidation, d’extorsion ou de conflits internes au sein de ces groupes.
Entre soutien populaire et critiques croissantes
Malgré cette controverse, il faut souligner que les Wazalendo continuent à bénéficier d’un soutien considérable auprès d’une partie de la population locale. Beaucoup les voient comme des partenaires essentiels des FARDC dans la lutte contre les rebelles du M23, dont la menace demeure réelle dans plusieurs zones du territoire de Beni et du Rutshuru.
Toutefois, l'incident de MTB-Musimba met à nu les défis de la cohabitation entre civils et groupes armés communautaires, notamment lorsqu’ils interviennent dans des zones densément peuplées ou impliquées dans la collecte de taxes, une pratique décriée mais encore courante.
Un appel renouvelé au rétablissement de l’autorité de l’État
•À l’issue de la marche, les organisateurs ont remis un mémorandum aux autorités locales, réclamant :
•une enquête judiciaire urgente et indépendante ;
•le retrait immédiat des groupes armés de l’espace public ;
•la sécurisation renforcée des établissements scolaires et marchés ;
•le retour effectif de l’autorité de l’État dans toutes les entités rurales de Butembo.
Dans une ville déjà éprouvée par des années de conflits, d’épidémies et de violences armées, ce drame relance une fois de plus le débat sur les limites et les dérives de la militarisation communautaire, ainsi que sur l'urgence d'une gouvernance sécuritaire plus cohérente.
Par la rédaction


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