Kolwezi : Grève à KCC Les travailleurs se révoltent face aux violences récurrentes des creuseurs artisanaux

Une nouvelle tension secoue le secteur minier du Lualaba. Les travailleurs de Kamoto Copper Company (KCC) ont lancé ce mercredi matin un mouvement de grève pour dénoncer les violences dont ils se disent victimes de la part des creuseurs artisanaux infiltrés sur les concessions industrielles.

Dès les premières heures de la journée, une foule d’employés, brassards rouges au bras, a bloqué l’accès principal du site minier, interrompant toutes les opérations. Les slogans étaient clairs : « Sécurité d’abord », « Non à la violence » et « Protégez les travailleurs ».

« Nous risquons notre vie chaque jour »  Un cri d’alarme des travailleurs

Augustin Mwanza, mécanicien de nuit, décrit une situation devenue insoutenable :

« Mardi soir encore, on a été surpris par un groupe de creuseurs armés de machettes. Ils voulaient accéder aux installations. Les agents de sécurité ont été débordés. Ce n’est pas normal qu’on vienne travailler et qu’on ne soit même pas sûr de rentrer vivant. »

Plusieurs employés affirment que des agressions ont eu lieu hors du site, notamment lors du retour à pied dans certains quartiers de Kolwezi.

Les travailleurs exigent trois mesures immédiates

Selon des sources syndicales, les grévistes exigent :

1. Un renforcement massif de la sécurité sur les concessions minières ;

2. Une zone tampon entre les quartiers habités et les installations industrielles ;

3. Une action coordonnée du gouvernement pour arrêter les intrusions armées.

Le secrétaire exécutif du syndicat des travailleurs de KCC, Patrick Mulumba, ne cache pas sa frustration :

 « Cela fait six mois que nous tirons la sonnette d’alarme. Mais personne n’a voulu écouter. Aujourd’hui, nous disons stop. Les creuseurs artisanaux ne viennent plus seulement chercher du cobalt, ils viennent avec des armes et menacent le personnel. On a laissé la situation pourrir. »

Il affirme que plusieurs travailleurs ont déposé des plaintes pour menaces et agressions.

Réaction de la direction de KCC : « Nous dialoguons avec les autorités »

Contactée par Soleil Magazine, la direction de KCC reconnaît la gravité de la situation mais appelle les travailleurs à la retenue.

Un responsable de la communication interne déclare :

 « Nous comprenons l’exaspération du personnel. De notre côté, nous avons renforcé les patrouilles internes et nous travaillons étroitement avec les autorités provinciales. Une équipe de crise a été mise en place pour évaluer les risques et proposer des solutions à court terme. »L’entreprise dit espérer une reprise rapide des activités.

La parole aux creuseurs artisanaux : « Nous ne sommes pas des criminels »

Dans les quartiers périphériques de Kolwezi, certains creuseurs artisanaux dénoncent la stigmatisation.

Benjamin Ilunga, creuseur depuis huit ans, évoque une autre réalité :

 « Nous ne sommes pas des criminels. S’il y a des dérapages, ce sont des individus isolés. Nous, on cherche seulement à survivre. Le gouvernement doit nous donner des sites légaux pour travailler. Si les autorités nous laissent dans les quartiers sans emplois, comment voulez-vous éviter les tensions ? »

Les creuseurs demandent la création de coopératives officiellement reconnues et encadrées.

Le gouvernement provincial silencieux… mais sous pression

Jusqu’à ce mercredi après-midi, aucune déclaration officielle n’a été faite par le gouvernement provincial du Lualaba.

Selon une source proche du cabinet du gouverneur, une réunion urgente devrait être convoquée avec :

•la direction de KCC,

•les représentants syndicaux,

•les services de sécurité,

et les chefs des coopératives artisanales.

désamorcer une crise qui pourrait paralyser l’un des plus importants sites miniers du pays.

Les tensions entre exploitants industriels et creuseurs artisanaux sont récurrentes dans la région.

La pression économique, le chômage élevé et la valeur du cobalt accentuent la compétition sur les gisements.

Pour Mireille Tshishimbi, experte en questions minières à l’Université de Kolwezi 

 « Tant que l’État n’organisera pas l’exploitation artisanale et ne régulera pas clairement les zones d’exploitation, ces conflits vont continuer. Les travailleurs industriels se sentent abandonnés, et les creuseurs revendiquent un droit de survie. C’est une bombe sociale. »

Cette grève à KCC pourrait annoncer une période de forte tension à Kolwezi si aucune solution rapide n’est trouvée.

Entre sécurité des travailleurs, revendications des creuseurs artisanaux et responsabilité des autorités, le dossier exige une médiation urgente pour éviter une escalade.s artisanaux et responsabilité des autorités, le dossier exige une médiation urgente pour éviter une escalade.

Louis tshikonde 

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